du 4 juillet au 26 août 2005
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Du 7 au 10 août: la région de Tunceli/ Yeşilyazı
Dimanche 7 août
Erzurum- Tunceli
6887
240 km
θ 26° à 9h (1700m ) – 25,5° à 22h ( 914 m)
Aujourd'hui nous roulons vers Tunceli, notre dernier
objectif; depuis Erzurum, 208 km vers l'ouest sur la
route des caravanes en direction d'Erzincan. Nous
passons d'une large vallée vers Erzurum à une vallée
plus étroite, c'est presque toujours la vallée du Karasu,
rivière qui donne plus loin le Firat Nehri. Elle est
aussi empruntée par un chemin de fer à voie unique et
non électrifiée qui la suit plus fidèlement que la
route; celle-ci coupe un coude de la rivière vers
Tercan où se trouvent un caravansérail rénové mais
fermé, et le mausolée de Mama Hatun (13 èmes) ceint d'un
mur circulaire à colonnade interne avec un portail
encadré de sculptures à motifs géométriques. Plus loin,
une haie de peupliers nous offre de l'ombre pour le
repas près d'un petit bâtiment agricole et d'un veau à
l'attache qui bénéficie des épluchures de concombres.
A 36 km à l'est d'Erzincan on bifurque vers le sud en
direction de Tunceli. A l'entrée de cette région kurde
le contrôle est sérieux : on note le numéro du véhicule,
le nom des voyageurs ainsi que celui de leurs deux
parents; on nous demande aussi notre destination, et aux
2 contrôles jusqu'à Tunceli nous sommes attendus. Les 15
premiers kilomètres qui montent au col de Pülünür (1950
m) sont longs; la route est en travaux et la chaussée
est remplacée par une large piste caillouteuse. Elle
s'améliore ensuite et devient très pittoresque dans une
vallée étroite où le torrent a creusé par endroits des
gorges; on passe sous une vingtaine de çiğ tüneli (
tunnels d'avalanche ) construits ou creusés dans la
roche. Les montagnes sont plus verdoyantes que vers
Erzurum ou Van, il y a de véritables forêts.
Montée vers Tunceli, on attend nos passeports.
Les rares maisons isolées sont abandonnées, les
fenêtres, les portes et le toit
enlevés; Haydar, notre ami kurde, nous expliquera à
notre retour que c'est pour empêcher les occupants de
revenir. Sur une maison une inscription: " katil PKK" (PKK
assassin); cette vision des choses correspond à celle de
la jandarma qui contrôle très strictement les
communications. Les troubles et la répression ont sans
doute favorisé ici l'exode rural.
Beaucoup d'animation en approchant de Tunceli, c'est
dimanche et les gens sont venus profiter du torrent.
Tunceli est une petite ville de 25100 habitants à 914m
d'altitude, elle domine le confluent de 2 torrents qui
alimentent plus bas un des lacs de barrage de l'Euphrate.
On ne reconnaît plus la ville d'il y a 16 ans ; le petit
centre ville est animé avec des mariages ( on est
dimanche ), et le pont disloqué du haut duquel les
enfants sautaient dans l'eau a disparu, remplacé par
d'autres ponts. Sur la pente les constructions et les
jardins de thé se sont multipliés. Mais surtout la ville
nous apparaît très différente des autres villes de l'Est,
et venant d'Erzurum, le contraste est saisissant; ce
matin encore on voyait des femmes sous leur couverture
marron informe et ici on voit des hommes et même des
filles en short, pas de voiles, peut-être quelques
foulards, mais une grande majorité de femmes tête nue,
en pantalon et t-shirt décolleté, ou même en jupe
s'arrêtant au genou. Les marchands de bière, rakı et vin
sont aussi bien plus nombreux, mais pas moins chers.
Lundi 8 août
Tunceli- Yeşilyazı
6887
100 km
θ 23° à 8h – 28° à 9h30 ( 914 m ) - 23° à 22h (1500 m)
De Tunceli à Yeşilyazı, la piste d'il y a 16 ans est
goudronnée. Les 25 premiers kilomètres sont corrects,
les 25 suivants en moins bon état. C'est une vallée
sauvage, souvent il n'y a de la place que pour le
torrent, la route et une rangée d'arbres, c'est
d'ailleurs un parc national ( Milli Park) de 420 km
2; des affiches de contestation nous apprennent que ce
parc est menacé par un projet de barrages. Plus haut
nous arrivons dans une large vallée orientée est-ouest.
Le Munzur, le torrent que nous suivons vers l'ouest en
direction d'Ovacık, est très limpide, alors que l'eau
est verdâtre et peu attirante depuis Tunceli. Nous
n'avions pas ce souvenir et l'explication réside sans
doute dans les travaux de barrage sur le Mercan,
affluent du Munzur. Le Munzur prend sa source en amont
de Yesilyazı; la vallée est caillouteuse vers Ovacık (
galets ), et vers Yeşilyazı très verte et cultivée. Nous
nous installons dans la prairie entre le torrent et ce
village, dans l'herbe et à l'ombre de saules et de
peupliers; petite lessive dans le torrent après le repas,
puis on va prendre le thé chez le frère d'Haydar, l'ami
qui nous a fait découvrir ce village il y a 16 ans. Au
bout du village la jandarma a pris de l'ampleur; au
moins 5 postes de guet, des soldats en armes, des chiens,
un blindé, et derrière la jandarma un collège-école
primaire tout neuf aux couleurs criardes. On le visite,
il a l'air bien équipé, il y a un immeuble pour loger
les enseignants ( turcs et non kurdes ), ordinateur et
machine à thé dans la salle des profs et dans le bureau
du directeur. Atatürk est partout et l'enseignement se
fait évidemment en turc. C'est un peu le complément de
la jandarma omniprésente depuis la bifurcation vers
Tunceli et qui ressemble, à Yeşilyazı encore plus
qu'ailleurs, à une armée d'occupation. Les habitants du
village vaquent à leurs occupations sous la surveillance
constante des militaires; malgré leur présence
oppressante ils sont très courtois avec les touristes
mais contrôlent soigneusement le numéro du véhicule et
les personnes. 2 contrôles de jandarma en 60 km, au 3
ème, de Polis, on ne nous a rien demandé.
Au bord du torrent, Yeşilyazı
devant la jandarma
Retour à Ovacık pour acheter de la viande. La ville
(5910 habitants) a changé avec l'ouverture qu'a
favorisée le revêtement de la route. Quelques magasins
traditionnels subsistent mais dans les immeubles récents
ou en construction, la brique, le béton et la tôle
gagnent du terrain.
En rentrant nous voyons beaucoup de bergeronnettes
grises qui se sauvent devant le CC dans un vol
bondissant et saccadé. Pour le BBQ et la nuit nous
retournons devant le village sur la pelouse bien tondue
par les
troupeaux.
Mardi 9 août
Yeşilyazı
6893
6km
θ 24° à 10h – 30° à 14h - 19° à 22h
Nuit tranquille, il n'y a pas de mosquée dans le
village, c'est assez rare pour qu'on le note. Visite des
sources du Munzur à 2 ou 3 km en amont. Elles sont très
abondantes et glacées: 7° à Yeşilyazı. La route à peu
près goudronnée favorise un petit développement
touristique, l'endroit est aménagé et le parking est
payant (1,5YTL pour un minibus ou un CC); quelques
dizaines de véhicules, beaucoup de familles font cuire
leur repas dans cet endroit près de l'eau
rafraîchissante; 2 ou 3 marchands de souvenirs, marchand
de bidons pour l'eau. Nous retournons manger dans notre
prairie et à 16h nous décidons de grimper sur le versant
nord pour avoir une belle vue du village. Il faut se
déchausser et se déshabiller en partie pour franchir un
canal d'irrigation, mais de plus haut, nous verrons un
petit pont que nous emprunterons au retour.
Photos: le village avec de plus en plus de constructions
nouvelles, toits en pente couverts de tôle (largement
dominants dans tout l'Est), le collège orange et rose
avec son toit de tôle bleue, véritable verrue dans le
paysage. En revanche la jandarma se fond bien dans le
village, il semble qu'elle occupe l'ancienne école.
Le versant sud abrite quelques hameaux, il est moins
élevé, moins pentu et plus boisé que le versant nord,
véritable barrière sauvage. Nous retrouvons Frédéric qui
a préféré nous attendre au CC. On achète 2 kürsü (
tabourets bas ) au menuisier du village, puis petite
lessive et brochettes dans la prairie.
Mercredi 10 août
Yeşilyazı - Malatya
7133
240 km
θ 25° à 9h- ( 15,2° dans la nuit: altitude = 1500 m)-
36° à 14h ( 32° à 33° dans le CC)-26° à
23h ( 1000m )
Nous quittons Yeşilyazı après un dernier pleind'eau à
l'entrée du village où les voisins nous offrent des
salatalık de leur jardin. Courses rapides à Tunceli et
passage à l'Internet café pour graver un CD de photos.
Les propriétaires sont très intéressés par notre
appareil photo numérique et en demandent évidemment le
prix, puis consultent le site Konica- Minolta; il semble
que l'appareil est plus cher en Turquie, et peut-être
que son prix les encourage à demander 5YTL pour leur
prestation; on se met d'accord sur 1YTL comme à
Şanlıurfa. Au sud de Tunceli nous décidons de couper la
boucle que fait la route vers l'est pour contourner le
lac du barrage de Keban et prenons donc la direction de
Pertek où il y a un bac. La route s'élève jusqu'à plus
de 1900m; en haut l'horizon
s'élargit ; quelques villages, des cultures, et on
redescend dans la vallée de l'Euphrate: vaste paysage de
montagnes et de vallons dénudés. Pertek est un petit
bourg, près d'un château médiéval aujourd'hui isolé sur
son rocher
transformé en île; pour 6YTL le feribot municipal nous
fait gagner 60 km ( 60 sur un trajet de 120 par la
route) et 15 YTL de diesel. Elaziğ ( 266 500 habitants)
est une grande et belle ville animée et propre avec des
avenues
arborées, de larges trottoirs très fréquentés. Nous
avons la même impression qu'en 2003: nous sommes en
train de quitter l'Est. Avant Kale arrêt dans un des 5
ou 6 restos routiers qui se succèdent et ont tous la
même spécialité: kavurma ou menemen; Nelly devra faire
observer au serveur que son menemen n'est qu'une soupe
de tomates sans œuf ni viande, l'erreur sera corrigée;
payer avec un billet de 50YTL pose problème comme
souvent dans les petites lokanta: c'est auprès d'un
autre client que le serveur trouvera la monnaie.
Etape juste avant Malatya comme en 2003 sur la route
secondaire qui mène vers le sud au Nemrut dağı, pas
franchement un BTS mais la route est peu passante la
nuit et nous n'avons pas trouvé d'autre endroit. Cette
fois encore il y a un campement de saisonniers en
contrebas de la route. Jandarma et Polis : comme à
l'aller 2 contrôles sur la route Yeşilyazı - Tunceli, un
long et laborieux avant le feribot où le militaire
veille à ce que Jacques ne photographie pas un cm 2
du poste, et un contrôle de polis avant la ville de
Pertek, très bon enfant; les policiers nous offrent une
sorte de crêpe très fine et repliée en pâte de fruit
avec des amandes émincées. Il cueillent un fruit dans un
arbre pour nous expliquer ce que c'est: dut (mûre, comme
à Kamrak Vank le 28 juillet). C'est du pestil,
spécialité – entre autres transformations de fruits – de
Malatya, mot qu'on traduit d'une manière imparfaite par
pâte de fruit. La jandarma n'est pas désagréable en
général avec les touristes, mais souvent la polis est
franchement sympathique (sauf en cas d'infraction).
Malatya et Elaziğ sont situées à environ 1000 m mais il
y fait chaud en été.
Source: http://campingcar.enturquie.free.fr