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INI/2007/2269 : 21/04/2008 - PE: décision de
la commission au fond, 1ère lecture/lecture unique
En adoptant le rapport d’initiative de Mme Ria OOMEN-RUIJTEN (PPE-DE,
NL) sur le rapport 2007 sur les progrès accomplis par la Turquie sur
la voie de l’adhésion, la commission des affaires étrangères se
félicite de l'engagement pris par le premier ministre Erdogan de
faire de 2008 l'année des réformes. Les députés attendent maintenant
du gouvernement turc qu’il tienne ses promesses et qu’il transforme
la Turquie en une démocratie moderne et prospère, fondée sur un État
laïque, et une société pluraliste.
Réformes sur la voie d'une société démocratique et prospère : les
députés indiquent que, de leur point de vue, seule une société
guidée par le respect des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, reposant sur la démocratie et une économie de marché
à orientation sociale peut devenir une société pacifique, stable et
prospère. Ils se félicitent dès lors de ce que 2007 ait vu la
démocratie l'emporter sur les tentatives des militaires de s'ingérer
dans le processus politique. Il faut maintenant que la Turquie
poursuive ses efforts pour s’assurer que les dirigeants politiques
démocratiquement élus assument la pleine responsabilité des
politiques et que les forces armées reconnaissent pleinement et sans
ambiguïté le contrôle des autorités civiles. Le gouvernement turc
est notamment appelé à respecter le pluralisme et la diversité de la
Turquie et à œuvrer à la modernisation du pays. S’ils se félicitent
de l'amendement à l'article 301 du Code pénal (article relatif au «
dénigrement de l’identité turque, de la République, et des
fondements et institutions de l’État » introduit en 2005 en
remplacement de l’article 159 de l’ancien Code pénal et
régulièrement invoqué pour poursuivre des défenseurs des droits
humains, des journalistes, etc.), ils considèrent qu’il ne s’agit
que d’un 1er pas vers la liberté d'expression en rappelant que le
nombre de personnes poursuivies pour délit d'opinion non violente ne
cesse d’augmenter. Les députés attendent surtout de nouvelles
avancées en matière de droits de l'homme ainsi qu’en matière de
liberté religieuse même si dans ce dernier domaine, d’importantes
réformes ont vu le jour en 2007. Les députés demandent tout
particulièrement la réouverture du séminaire orthodoxe grec de Halki
et l'usage public du titre ecclésiastique de patriarche œcuménique.
Question kurde : les députés demandent au gouvernement turc de
lancer une initiative politique permettant une solution durable de
la question kurde reposant sur des améliorations d'ordre culturel,
économique et social. Les partis démocratiques kurdes sont appelés à
prendre leurs distances avec le parti des travailleurs du Kurdistan
(PKK) et à agir de manière constructive pour rechercher une solution
politique durable à la question kurde dans un État turc démocratique.
Ils déplorent en particulier les nombreux procès intentés contre des
maires élus et d'autres responsables politiques au motif qu'ils ont
employé la langue kurde ainsi que la condamnation de Leyla Zana
(activiste kurde). De son côté, la Commission devrait lier
l'assistance accordée au titre de l'instrument d'aide de préadhésion
(IAP) à l'élaboration d'une stratégie d’ensemble des autorités
turques vis-à-vis de cette région. Les députés condamnent par
ailleurs les violences commises par le PKK (ex. : Diyarbakir en
janvier 2008) et rappellent leur solidarité avec la Turquie dans sa
lutte contre le terrorisme, en appelant une nouvelle fois le PKK à
respecter le cessez-le-feu.
Femmes et laïcité : conscients de l’élaboration en cours d’une
nouvelle constitution laïque turque, les députés estiment qu’il
s’agit là d’une occasion unique de faire la part belle aux femmes
dans la société civile. Pour faire de cette réforme une réussite,
les députés préconisent l’association de tous les partis politiques,
des minorités ethniques et religieuses et des partenaires sociaux au
processus d’élaboration de ce texte. Ils demandent que la future
constitution évite de se référer à des critères vagues comme la «
moralité générale » et indiquent qu'une partie de la population
semble déçue et préoccupée par le fait que la levée de
l'interdiction du port du foulard dans les écoles et les universités
turques ne s'inscrive pas dans le cadre d’une consultation plus
vaste de la société civile. Globalement, les députés saluent les
progrès accomplis par ce pays en matière de protection des femmes
contre la violence. Il faut toutefois encore poursuivre les efforts
en la matière en poursuivant une intense campagne publique en leur
direction, en prévoyant davantage de refuges pour les victimes et en
intensifiant la formation des forces de l'ordre. La Turquie a
également bien progressé en laissant à un nombre considérable de
femmes la possibilité d’occuper des postes importants dans les
secteurs économique, politique et universitaire. Mais le taux global
d'emploi des femmes reste drastiquement faible avec un taux
d’occupation de 23,8%. Par conséquent, des nouveaux efforts sont
attendus pour renforcer encore la participation des femmes,
notamment à la vie politique.
Minorités : les députés s’inquiètent du sort réservé à certaines
minorités. Ils demandent aux autorités turques de mener une enquête
approfondie sur l'assassinat de Hrant Dink et de trois chrétiens à
Malatya, de même que sur tous les autres cas de violence motivés par
des considérations politiques, religieuses ou raciales. La Turquie
est également appelée à poursuivre l'enquête sur l'organisation
criminelle Ergenekon.
Torture : s’il est vrai que la tendance est régulièrement à la
baisse pour le nombre de cas de tortures avérés, les députés
craignent que la loi antiterrorisme et la loi sur les pouvoirs de
police ne soit l’occasion de revenir sur les progrès accomplis. Il
faut également que la Turquie renforce sa lutte contre les actes de
torture perpétrés en dehors et à l'intérieur de ses centres de
détention.
Vers une économie de plus en plus florissante : les députés
félicitent la Turquie pour l'évolution positive de son économie. Des
efforts considérables sont toutefois nécessaires pour s'attaquer au
problème de l'économie parallèle et pour placer le système de
sécurité sociale sur une base durable. Des efforts sont également
nécessaires en matière de dialogue social, de respect des
conventions internationales du travail, et d'accès à l'éducation.
Les députés s’inquiètent en priorité du niveau de corruption qui a
cours en Turquie et des écarts de développement entre régions
turques (avec des différences parfois énormes entre zones rurales et
zones urbaines). En termes de cohésion, les députés appellent la
Turquie à appliquer des normes européennes dans la construction de
barrages dans la vallée du Munzur, d'Allianoi, d'Ilisu et dans le
projet d'extraction d'or à Bergama.
Questions régionales et relations extérieures : les députés
rappellent l'engagement pris par la Turquie d'entretenir de bonnes
relations de voisinage avec la Grèce (par exemple en ce qui concerne
la délimitation du plateau continental de la mer Égée) et la
Bulgarie (par exemple en ce qui concerne les droits de propriété des
réfugiés bulgares de Thrace). Ils soulignent en particulier la
nécessité de parvenir à un règlement global de la question de Chypre
sur la base des principes sur lesquels repose l'UE. Á cet égard, les
députés se félicitent de la visite officielle du premier ministre
grec Kostas Karamanlis en Turquie, qui permet d'espérer une nouvelle
amélioration des relations bilatérales gréco-turques. Ils demandent
également à la Turquie de mettre un terme au blocus économique avec
l'Arménie et de s’engager dans un processus de réconciliation avec
ce pays, permettant un débat franc et ouvert sur les événements
passés. Parallèlement, les députés appellent la Turquie à signer le
statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Turquie – Irak : les députés demandent une nouvelle fois à la
Turquie de ne pas s'engager dans des opérations militaires
disproportionnées violant le territoire de l'Irak. Il faut tout à la
fois respecter l'intégrité territoriale de l'Irak et que l'Irak, de
son côté, et le gouvernement kurde iraquien n’autorisent pas l'usage
du territoire irakien comme base arrière pour des actes terroristes
contre la Turquie.
Darfour et Afghanistan : les députés regrettent les objections de la
Turquie à la mise en œuvre de la coopération stratégique entre l'UE
et l'OTAN sur la base de l'accord Berlin Plus. Ils s’inquiètent des
conséquences négatives pour la protection du personnel de l'UE
déployé sur place, notamment la mission de police de l'UE en
Afghanistan et la mission EULEX au Kosovo. Ils demandent donc à la
Turquie de lever son objection le plus rapidement possible.
Relations UE-Turquie : les députés appellent le gouvernement turc à
appliquer pleinement et sans délai les dispositions de l'accord
d'association CE-Turquie et de son protocole additionnel en
rappelant que son non-respect continuera à affecter gravement le
processus de négociation avec ce pays. Les députés reconnaissent
l'ambition de la Turquie de devenir une plaque tournante de
l'Eurasie pour les approvisionnements en énergie et encouragent ce
pays à devenir membre à part entière de la Communauté européenne de
l'énergie. Ils demandent à la Turquie d'apporter tout son soutien au
projet de pipeline Nabucco (projet européen prioritaire). Ils
réaffirment à cet égard l'importance des programmes bilatéraux et
trilatéraux de coopération transfrontalière (Turquie-Grèce-Bulgarie)
et de ceux qui sont réalisés dans le contexte du programme de la mer
Noire (IEVP/Coopération transfrontalière). Enfin, les députés
souhaitent que la Commission s’engage à négocier un accord de
facilitation des visas entre l'UE et la Turquie.
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