Hüseyin Arslan : à Dersim,les exactions
continuent
Librairie Scrupule
Le 19/05/2006 parait une déclaration écrite du préfet
de Tunceli concernant les evènements s'etant produits la
nuit précédante à Kizilca ( ou Kuzluca ), village des
alentours de Pülümür, et ayant provoqué la mort
d'Hüseyin Arslan.
Cette déclaration explique que l'armée stationnait dans
la région suite à une information y indiquant le passage
d'un groupe terroriste, elle explique également que des
affrontements ont eu lieu entre les forces de sécurité
et quatre hommes armés qui auraient répondu à leurs
sommations en ouvrant le feu.
Le lendemain l'ensemble de la presse nationale turque
reprend ces informations et parle d'un terroriste mort (Hüseyin
Arslan) et de trois terroristes arrêtés dont un bléssé (Mehmet
Koçak).
Il faut attendre plusieurs jours pour que la presse
revienne sur ces déclarations et admette qu'il
s'agissait d'une erreur.En effet les plaintes de la
famille de la victime, les témoignages des témoins
rescapés,la saisie de l'affaire par les habitants et
certains journaux locaux conduisent les autorités à
revenir sur leur position : 15000 YTL (monnaie turque)sont
proposés à la famille d'Hüseyin Arslan en guise
d'indemnisation. Mais la colère et l'incompréhension
persistent pour les proches de la victime et les
habitants de la région : les témoignages révèlent un
tout autre déroulement des évènements. En réalité
Hüseyin Arslan, 47 ans, ouvrier de la SNCF turque a deux
mois de la retraite et apiculteur pour financer les
études de ses 5 enfants, se trouvait le 18 Mai chez lui
dans un hameau des alentours de Kuzluca/Kizilca en
compagnie de ses voisins (Ismet et Imam Imanli) et de
son ami Mehmet Koçak. Entre 21 heure et 22 heures, les
quatre hommes entendent du bruit et sortent voir se qui
se passe avec une lampe de poche et, sans que ne soit
prononçé le moindre avertissement,ils reçoivent une
salve de balles des gendarmes stationnés en embuscade
dont une atteind mortellement Hüseyin Arslan et une
autre blesse Mehmet Koçak (cf témoignage de Mehmet Koçak
dans le journal Sabah du 22/05/2006). Ozcan Arslan, l'un
des fils d'Hüseyin, confirme que son père était en
pyjama et chaussons losqu'il a été abbatu.
Le flou des justifications apportées par le préfet pour
expliquer la présence des soldats, les déclarations
douteuses de ces derniers concernant les circonstances
qui ont provoqué la décision de déclencher le feu, ainsi
que l'empressement de la presse turque à relayer des
informations inexactes, notemment quand à l'identité des
victimes, tout cela renforce un désir déjà impèrieux de
justice chez les habitants de Dersim pour lesquels ce
type d'évènements fait partie du quotidien depuis trente
ans ( intensification de la présence militaire ).
Pour ne citer que quelques exemples,on peut rapeller
la disparition dans des circonstances comparables de
Hasan Sahin l'été dernier, transperçé par sept balles
dans la matinée du 03/08/2005 alors qu'il revenait dans
son village pour la première fois depuis vingt ans;
la mort de Hasan Akdag, 22 ans, chauffeur de taxi à
Tunceli tué par le policier qu'il venait de prendre dans
son véhicule ( le policier a été libéré aprés six mois
de détention );
Kamer Özel, représentant local du parti DEHAP de son
village, arrêté par la police et retrouvé déchiqueté par
une bombe près de la gendarmerie de çiçekli le 9
novembre 2005;
en novemre de cette même année deux habitants de çangal,hameau
proche du village de Balkan ( Mazgirt ), rapportent que
leurs habitations ont été la cible de tirs intensifs en
pleine nuit, miraculeusement sans victimes;
on peut citer pour terminer la mésaventure Sirin
Yildimir en 2004 qui, sortie de chez elle pour chercher
du bois,a reçu une balle dans la jambe gauche et s'est
vu répondre par les soldats et la police qu'il
s'agissait d'un entrainement de tirs de nuit et donc
d'une blessure involontaire.
L'encadrement et le contrôle de la vie des habitants
de Dersim par les militaires fait règner une atmosphère
de peur et d'arbitraire de plus en plus invivable.
Librairie Scrupule, le 21/07/2006